Pays Basque espagnol, 2019: première année sans féminicides

Pays Basque espagnol, 2019:  première année sans féminicides

     Elisende Coladan

 

« Il est évident que les violences machistes sont multiples et qu’elles touchent toutes les femmes tout au long de notre vie. Le féminicide est la forme la plus extrême de ce continuum de violences, et c’est certainement son expression la plus visible. Nous sommes conscientes que parfois l’accent mis par les médias ou les institutions sur ce type de violence extrême nous fait perdre une vision plus globale et plus complexe des violences. [1]»

 

Début janvier, j’ai vu passer plusieurs fois la nouvelle, reprise sur différentes pages féministes espagnoles : pour la première fois, depuis 2003, date à laquelle les féminicides ont commencé à être comptabilisés en Espagne, aucun féminicide en Euskadi [2].

Cela interroge forcément : comment cette région est arrivée à ce résultat positif et encourageant pour toutes celles qui luttons contre les violences machistes ? J’ai donc fait quelques recherches et trouvé les informations suivantes :

L’Espagne s’est dotée, depuis 2004, d’une loi intégrale contre la violence de genre, la première en Europe. Cette loi s’accompagne de toute une série de mesures, dans différentes sphères de la société espagnole et d’une prise de conscience sur les causes et conséquences des violences machistes.

Sur le territoire espagnol, le Pays Basque, a mis en place plusieurs dispositifs pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes et les collectifs féministes y sont nombreux. Dans cette région, le mot féministe n’est pas considéré comme une insulte comme encore trop souvent en France, mais bien comme un réel synonyme de connaissance et de mise en place de moyens de prévention et d’accompagnement efficaces pour la lutte contre les violences machistes.

Un de ces moyens est la protection personnelle : « 90 femmes ont actuellement une escorte personnelle parce qu’elles l’ont voulu et parce que l’évaluation du niveau de risque l’a déterminé. Jusqu’à présent, le succès de ce type de protection a été de 100 %. Toutefois, certaines des femmes assassinées en Espagne et dans d’autres pays avaient demandé cette mesure et elle ne leur avait pas été attribuée. Il est donc indispensable d’augmenter les ressources et d’améliorer la qualité de ce type d’action pour éviter les féminicides [3]. » Cette forme de protection est basée sur le modèle « Bystander intervention [4] ». Au Pays Basque, l’Ertzaintza [5] compte parmi ses effectifs des policier.e.s formé.e.s pour assurer la protection personnelle des femmes victimes de violences machistes. Ce système s’est avéré efficace à 100%, bien au-dessus de la protection par bracelet électronique [6] ou avec un chien d’accompagnement. D’autres femmes, pour lesquelles le risque a été évalué comme moins important, ont pu avoir une formation en auto-défense féministe et disposent d’un téléphone spécial [7] pour alerter la police. Actuellement, une application – BORTXA- est en train d’être développée afin de remplacer ces téléphones.

Le Pays Basque espagnol est souvent présenté comme un modèle en ce qui concerne la prévention et la protection des femmes victimes des violences machistes. En même temps, dans le reste de l’Espagne, il y a une montée de partis d’extrême droite, comme Vox, qui nient la réalité des violences contre les femmes, ce qui expliquerait une augmentation de celles-ci, dans d’autres points du territoire espagnol avec pour conséquence, une augmentation des féminicides en Espagne.

L’exemple du Pays Basque est à suivre. Les collectifs et associations féministes y sont nombreuses, il y a également des formations, des projets éducatifs, des congrès/colloques et une presse féministes[8]. Il est absolument nécessaire de voir les violences machistes comme des violences systémiques dont les féminicides font partie. Pour les combattre,  en même temps que les mesures de protection immédiate, il est indispensable de voir les violences machistes de manière globale et travailler sur plusieurs fronts, comme cela est le cas dans cette région autonome. Un travail d’information et de formation sur les discriminations dont le sexisme et sur les violences machistes, accessible au plus grand nombre, est absolument indispensable.

 

 

 



[2] Située dans le nord de l'Espagne, cette région dispose d'une autonomie certaine dans plusieurs domaines : fiscalité (tous les impôts sont levés par l'administration fiscale basque qui reverse 5 % des impôts à l'Espagne), enseignement, police (police autonome Ertzaintza), soins de santé Osakidetza, etc. La capitale de la communauté est Vitoria-Gasteiz (province d'Alava). Wikipédia

Population totale : 2,171 millions (2018)

[4] Traduit de l'anglais - L'intervention de tiers est un type de formation utilisé dans les établissements d'enseignement postsecondaire pour prévenir les agressions sexuelles ou le viol, la consommation excessive d'alcool et le harcèlement, ainsi que les propos non désirés de nature raciste, homophobe ou transphobe. Wikipédia (anglais)

[5] La police de la Communauté autonome basque espagnole

[7] Elles étaient 732 en 2018.

[8] Comme l’excellent magazine Pikara https://www.pikaramagazine.com/

 

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