© Stocklib Alberto Andrei Rosu
© Stocklib Alberto Andrei Rosu

 

 

 

 

 

Mes formations en psychothérapie féministe

et en psychotrauma

 

  

 

 

En France, pendant ma formation en sexothérapie[1], dans un centre d’enseignement de psychothérapie intégrative, j’ai été surprise par la place centrale donnée à la psychanalyse. J’ai par ailleurs été choquée par la vision sexiste de la sexualité, révoltée par le peu d'importance donnée aux violences sexuelles; je me suis insurgée contre l’invisibilisation d’autres formes relationnelles et d’autres sexualités hors de la norme du couple hétérosexuel. A cette époque-là, je me suis tournée, via les réseaux sociaux, vers des sexothérapeutes espagnoles et féministes. Elles m’ont beaucoup soutenue et éclairée sur l’importance de la thérapie féministe dont j’ignorais tout

 

Par ailleurs, à partir de 2014, quand j’ai commencé à recevoir des femmes en consultations, j’ai pris très rapidement conscience de l’ampleur des violences vécues. Beaucoup avaient déjà des années de thérapie derrière elles. J'ai immédiatement été attentive à leur souffrance, compris la gravité des faits et leur impact sur la psyché, j’ai été à leur écoute, en me plaçant dans une position la plus sorore et égalitaire possible. Je me suis beaucoup renseignée sur la mémoire traumatique et le stress post-traumatique. Cependant, je ressentais un manque, que la formation que j’ai suivie en 2017 et 2018 à Barcelone, complétée par une formation en ligne sur les violences de genre*, a fait encore plus tangible. C'est ainsi que, pendant le deuxième semestre 2020, j’ai suivi une formation on-line en "trauma et dissociation, à partir d'une perspective féministe", avec l’institut Nara [2] de psychothérapie à Madrid. En 2021-2022, j'ai continué à me former sur les "approches psychothérapeutiques du trauma à partir d'une perspective féministe", avec le même institut. 

 

Pourquoi des formations en Espagne ? Si vous tapez sur Google, psychothérapeute féministe en français, vous allez trouver deux/trois noms, dont le mien, ainsi que quelques rares articles. Par ailleurs, en France, quasiment aucune de ces thérapeutes, en 2021 n'a, à ce jour et à ma connaissance, suivi de formation en thérapie féministe**.  Si vous répétez l’expérience en écrivant "psicoterapeuta feminista", en espagnol, vous allez avoir plusieurs noms, plusieurs formations, des vidéos, des articles, … Elle est même enseignée à l'Université de Barcelone. En Espagne et dans plusieurs pays d’Amérique Latine, l’existence de thérapies féministes ne surprend plus, les formations se multiplient afin de former des professionnelles et les femmes se tournent de plus en plus vers elles car c’est une réel indicateur d’une compétence et d’une compréhension des violences machistes que nous subissons et de leur effet sur notre psyché.

 

Thérapie féministe à Barcelone [3] :

Exerçant, depuis 2014, comme praticienne en sexothérapie, j’ai vite ressenti le besoin de pouvoir intégrer la perspective féministe dans ma pratique. En effet, recevant principalement des femmes en consultation, j’ai compris que, derrière la très grande majorité des « troubles sexuels ou problèmes relationnels », il y avait un contexte sociétal, des oppressions, des mécanismes patriarcaux qui ne m'étaient pas inconnus et que nombre d’entre elles, voire toutes, avaient vécu des maltraitances, des abus et des violences; pour beaucoup, dès l’enfance. Ma formation en sexothérapie, avec une orientation clairement psychanalytique, comme je l’ai mentionné au début, n’avait que très peu abordé le sujet des violences sexuelles, ainsi que leur impact sur la vie des personnes les ayant subis. Elle n'avait fait que les signaler comme une sorte de "fatalité" et inscrit dessus un discours psychanalytique fortement culpabilisateur et stigmatisant. J’avais un réel besoin de m’interroger sur les idées reçues pendant cette formation, d’avoir d’autres réponses aux problématiques rencontrées, afin de pouvoir envisager différemment ma pratique thérapeutique.

La formation suivie est organisée et animée chaque année dans plusieurs villes espagnoles, par des psychothérapeutes faisant partie d’un réseau de thérapeutes espagnoles, provenant de différents courants, qui travaillent à partir des théories féministes. Elles envisagent la thérapie féministe comme un processus qui est constamment en cours d’élaboration et de réélaboration.

Construite sur une alternance de théorie et de pratique, la partie théorique m'a permis de découvrir des autrices et des thérapeutes dont je n'avais pas entendu parler, elle a intégré l'histoire de la thérapie féministe dans l'histoire du féminisme et m'a donné un grand nombre de pistes, notamment bibliographiques. Mais c’est la partie pratique qui m’a le plus apporté, à la fois en tant que femme que comme thérapeute. Elle m’a permis de revisiter des zones de ma propre histoire qui n’avaient pas été abordées pendant mes années de thérapie personnelle ou qui l’avaient été à partir d’une toute autre perspective. Ce travail d’analyse de mon propre vécu de femme, à travers de nombreux exercices et le partage en groupe - où les formatrices n'ont pas hésité à parler de leur propre expérience - , m’a paru essentiel, pour pouvoir ensuite accompagner des femmes à partir d’une approche féministe. Tout comme il est important que les valeurs féministes fassent partie de ma vie personnelle aussi bien que professionnelle.

 

Trauma et dissociation à partir d'une perspective féministe [4]:

Animée par Anne Campillo, psychologue, sexologue et experte en psychotrauma, avec 18 ans d’expérience de travail dans l’accompagnement de victimes de violences machiste. Cette formation m'a permis de bien comprendre, et pouvoir expliquer, ce que le trauma fait au cerveau. Ainsi que les outils pour pourvoir transmettre cette connaissance, de manière claire et efficace. La psychopédagogie en psychotrauma est donc un point important, afin que la personne ayant vécu des traumas puisse comprendre ce qui se passe notamment au niveau émotionnel et pouvoir être actrice de sa propre thérapie. Ce qui est un des principes mêmes de la thérapie féministe.

 

Approches psychothérapeutiques du trauma à partir d'une perspective féministe [5] :

Animée par Carmen Sánchez Romero, psychologue sociale spécialisée en trauma, avec une expérience d’accompagnement psychosocial à partir des perspectives féministes à des femmes victimes du conflit armé en Colombie et par Ximena Ordóñez Cárdenas***, psychologue et thérapeute Gelstat, avec une expérience d’accompagnement de communautés vulnérables en Colombie. 

Cette formation allie les connaissances en psychotrauma et une approche corporelle. Elle intègre également une nouvelle approche en thérapie, celle du “modèle PMS : Pouvoir, Menace et Sens (Marco PAS :  Poder Amenaza y Significado) qui est un modèle alternatif aux systèmes de diagnostics habituels et a été proposé par The British Psychological Society, en 2018.

« En référence au Pouvoir, ce modèle part de l'idée que nous sommes tou.te.s plongé.e.s dans des relations de pouvoir de différentes natures, du fait même d'être en relation avec les autres. Parfois, l'activité du pouvoir est protectrice et régule la coexistence, mais dans d'autres, elle peut être nocive. L'activité du pouvoir n'est pas répartie également dans les sociétés, la famille, l'école, les autres institutions ou dans les couches sociales.

Les personnes peuvent être soumises, dans le passé ou dans le présent, à différents types d'adversités,  certaines très légères et d'autres très intenses, qui peuvent être spécifiques ou uniques, ou prolongées et répétées, et peuvent parfois mettre l'intégrité personnelle, voire la vie, en danger, qui ont un impact sur la vie des gens et sont perçus comme des Menaces (le deuxième composant du modèle).

Les adversités sont vécues comme des Menaces médiatisées par le Sens que l'individu leur attribue. Malgré cela, le Sens de l'adversité est modulé par les différents discours sociaux, transmis à partir de sources très différentes, qui incluent les médias, l'environnement, les relations, l'éducation, etc. Les gens sont transpercés par des messages constants et nombreux qui se croisent, qui proposent, ou parfois imposent, des significations à chaque activité et événement. Leur intériorisation crée une manière de comprendre et de valoriser ce qui s'est passé en chacun, c'est-à-dire qu'elles produisent un Sens concret qui donne un sens à ce qui a été vécu. [6]

 

J'ai par ailleurs, participé tant à Paris comme à Barcelone, à des ateliers, colloques et congrès féministes au sujet des violences machistes. Celui qui m'a le plus apporté, sans doute aucun, a été celui d'octobre 2019, à Barcelone, organisé par l'Insitut Català de les Dones : "Congrés Internacional per a l'Erradicació de les Violències Masclistes".

 


[6] Traduction d’une partie d’un article sur le Modèle PMS écrit en espagnol par Miguel A. Valverde Eizaguirre, psychologue clinicien http://www.infocop.es/view_article.asp?id=7657

 

*Formation proposée par Nuria Varela https://relatoras.com/de-lo-visible-a-lo-invisible/

** En 2022, une collègue belge vient de finir la formation que j'ai moi-même suivi avec NARA. 

***Elle a rédigé un mémoire de Master sur l’intervention en danse et mouvement thérapie dirigée à des femmes qui ont vécu l’abus ou la violence sexuelle.